pyjama indestructible adulte

John Boyne est né en Irlande en 1971. Il est lauteur du célèbre Garçon en pyjama rayé (Gallimard Jeunesse, 2006), qui sest vendu à plus de six millions dexemplaires dans le monde. Le temps où la combinaison pyjama oversize ne servait que pour aller au lit ou traîner le dimanche est terminé : toutes les occasions sont désormais bonnes pour porter ton ensemble 😜 ! Je me souviens de notre dernière conversation, la nuit de ton bal, je fais des rapprochements avec ta lettre. » Je lis ta lettre avec une sorte de fièvre : ton style est sec comme un rapport d’hommes d’affaires, pour me narrer cette histoire Colin-Brochard-Bouvreuil ; de près, j’aurais ri de cette petite canaillerie de mon subtil associé ; puis, à distance, les choses prennent plus d’importance. Quelles jolies petites pensées de gredin doivent rouler dans cette tête blonde. Aujourd’hui la méfiance pernicieuse de Paul me décide au coup de tête ; c’est idiot, mais c’est bien « femme ». Paul eut cette chance rare de rencontrer en moi une maîtresse ennemie du mensonge, de la duplicité, des petites fourberies où nos esprits féminins aiment à s’entortiller.

Sa vanité était délicieusement chatouillée, à l’idée d’avoir été distingué par cette jeune fille futée et qui, probablement, connaissait le loup et ses oreilles. Il se verrait fort bien, le jeune homme, ami de la souveraine dans l’ombre du somptueux Bernard et de l’imposant Brochard… Et sans doute, au cas où elle eût vraiment songé à le quitter, attendait-elle froidement d’avoir « fait sa pelote », ce qui avec les sommes données par Saint-Loup demanderait sans doute un temps fort court, mais tout de même concédé en supplément pour prolonger le bonheur de mon nouvel ami – ou son malheur. Je me mentais à moi-même, j’interrompais la croissance dans le sens selon lequel je pouvais en effet véritablement grandir et être heureux, quand je me félicitais d’être aimé, admiré, par un être aussi bon, aussi intelligent, aussi recherché que Saint-Loup, quand j’adaptais mon intelligence, non à mes propres obscures impressions que c’eût été mon devoir de démêler, mais aux paroles de mon ami à qui en me les redisant – en me les faisant redire, par cet autre que soi-même qui vit en nous et sur qui on est toujours si content de se décharger du fardeau de penser – je m’efforçais de trouver une beauté, bien différente de celle que je poursuivais silencieusement quand j’étais vraiment seul, mais qui donnerait plus de mérite à Robert, à moi-même, à ma vie.

Tu peux être sûre que c’est bien l’avis de monsieur Dangel ! Il y a en moi un être fougueux, brutal, et sa violence me domine parfois… Son regard indécis flotte, de Julien à moi. Julien a l’adresse de se taire, et me contemple avec les yeux affamés d’un gosse qui écrase son nez contre la vitrine du pâtissier. Je ne vous ai jamais dit que j’aimais Sylvie ; je vous ai dit qu’elle m’aime, répond froidement Julien. Il t’a dit que Bouvreuil possède deux armes contre nous : la publicité et le chantage ; mais ces armes-là, vois-tu, mon petit, ce sont des couteaux qui n’ont pas de manche, et celui qui les emploie risque de se blesser autant que l’adversaire, si adroitement qu’il s’y prenne… Par exemple, ce que je possède et qu’il n’a point, ce sont les scrupules : la partie est inégale. Elle est d’aspect confortable, la tanière de Léon Brochard. On est toujours mieux à trois qu’à deux. Deux fois son nouvel amant, violent et jaloux, avait tenté de la tuer. Son rôle dans la vie de Françoise avait vite cessé d’être indispensable.

Il faisait doux comme dans l’âme d’une petite fille. J’aspire au mouvement de l’avenue des Champs-Élysées, quand je contemple ces plaines mornes et paisibles qui m’évoquent les purées d’épinards que tu émiettes d’une fourchette négligente… » Et je n’entends pas que ma Nicole soit mêlée à ces vilaines affaires. Je suis inquiet en songeant aux centaines de kilomètres qui m’empêchent de voir ces imbéciles qui te convoitent… Alors vous pensez aux autres ? Que je déplore les journées de Rachel en songeant aux nuits de Nicole ! Rachel a des journées pénibles, après de mauvais réveils oppressés… Et il répond à ma confiance en m’écrivant peureusement : « Ne va pas chez Léon Brochard, surtout ! Ne va pas chez Léon Brochard, surtout… Et je n’ai même pas songé, dans la hâte de ma résolution subite, à prévenir ce vieux loup de Brochard – par le fameux pneu, ou le téléphone, – qu’un Chaperon Rouge sans innocence accourait bravement vers sa tanière… Que faites-vous de votre Sylvie, dans tout cela ? Une haute maison grise, avoisinant les verdures du quai d’Orsay, à cet endroit où la rue de Solférino semble plus large, plus lumineuse, s’évasant dans la direction du fleuve.